HUBERT MANSION
« Vous n’allez tout de même pas révéler nos petits secrets ? »
Comme un signe du destin c’est au moment où Hubert Mansion termine ses études de droit à l’Université Catholique de Louvain (Belgique) à la fin des années 1980, qu’il écrit avec ses deux frères, par hasard et pas rasés aurait dit Gainsbourg, une chanson qui deviendra un immense succès (plus d’1 million d’exemplaires) : C’est l’amour.
C’est aussitôt la catastrophe. Parce qu’il est juriste, ses deux frères l’assaillent de milliers de questions sur les contrats à signer, à négocier, à modifier. Mais l’Université de Louvain – l’une des plus anciennes au monde – n’enseigne quasiment rien des contrats de l’industrie musicale. Les avocats belges eux-mêmes ne sont d’aucun secours. Hubert décide donc de se spécialiser dans les contrats du show-business.
La matière à étudier est immense, mais les sources pratiquement nulles. Il n’existe à l’époque aucun livre sur les contrats de la musique et les rares spécialistes sont avares de conseils. C’est alors – il y a 25 ans – que lui vient l’idée d’écrire ce qui deviendra Tout le monde vous dira non, en guise de réponse aux questions qu’il se posait.
Tout en s’informant comme il le peut, Hubert continue d’écrire des chansons, produit deux albums dont un qu’il interprète avec ses frères. Il sera salué par la critique comme « l’un des meilleurs auteurs de sa génération », mais le métier d’artiste le tétanise. Alors que ses frères paieraient volontiers pour monter sur scène, lui se ruinerait pour en descendre. Préférant les contrats au micro, il devient l’un des premiers avocats spécialisés dans le show-business combinant la connaissance pratique du métier à ses codes.
Il déploie son énergie à négocier des contrats à l’échelon national ou international pour le compte de ses clients artistes, producteurs et éditeurs, vedettes confirmées ou débutants effrayés, tout en défendant ardemment le droit des auteurs compositeurs auprès des sociétés d’auteurs à la suite des scandales révélés par U2 (voir le livre). Conseiller d’artistes, de producteurs, d’organismes internationaux, il donne des conférences en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord avec une passion qui ne le quittera jamais. Demeurant trois ans à West-Hollywood, il s’installe en 2000 au Québec qu’il découvre à l’invitation du Conseil Francophone de la Chanson.
Un jour qu’il discutait de Tout le Monde Vous Dira Non avec une responsable de major à Paris, celle-ci demanda à Hubert :
- Vous n’allez quand même pas révéler nos petits secrets ?
C’est exactement ce qu’Hubert Mansion a fait, en réunissant ici ses deux passions : l’écriture et le show-business, cette « industrie à fabriquer des oui » – qui passe son temps à dire non, cette machinerie gigantesque du make-believe qu’il démonte en éclatant de rire.